L'Interview

SoNantes : la monnaie locale qui redonne du sens à l’économie réelle

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Écrit par Camille

Pour parfaire notre tour d’horizon du secteur bancaire d’hier à aujourd’hui, nous nous sommes attardés sur l’essor des monnaies complémentaires. De quoi s’agit-il ? À quoi servent-elles ? Pour nous éclairer, nous avons eu l’opportunité d’interroger Frédéric Perrin, directeur de la monnaie locale SoNantes.

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Qu’est-ce que la monnaie SoNantes et comment fonctionne-t-elle ?

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La monnaie locale complémentaire SoNantes a été lancée le 28 avril 2015 et conçue suite à des ateliers participatifs avec les acteurs du territoire nantais et les citoyens. Les particuliers peuvent créer leur compte et l’alimenter en faisant des conversions d’Euros en SoNantes. Les entreprises ne convertissent pas d’euros : on leur alloue une capacité de dépense et d’encaissement. Les SoNantes sont ensuite utilisables chez différents professionnels partenaires. Les utilisateurs peuvent régler par carte bancaire ou via le site internet. Les commerçants peuvent paramétrer leur TPE afin d’accepter le paiement en SoNantes. La particularité de la monnaie locale SoNantes est qu’elle n’est pas reconvertible. C’est la seule en France. Beaucoup de monnaies locales françaises sont reconverties en euros au bout d’un ou deux échanges, ce qui rompt le circuit : elles perdent alors leur vocation première, celle de redonner du sens et de la valeur à l’économie réelle.

Est-ce que cette monnaie locale a vocation à remplacer l’Euro ?

Non puisque c’est une monnaie locale complémentaire. Cela peut aller à son encontre, dans une certaine mesure : 98% des flux monétaires ne servent pas l’économie réelle ni l’échange de biens et de services, alors que ces monnaies sont là pour favoriser ces échanges au niveau local. Mais on ne peut pas parler de véritable concurrence car nous n’avons pas le même poids. Même avec succès, nous ne représenterons que 2 à 5% de l’ensemble des transactions.

En quoi ce projet est-il innovant et qu’apporte-t-il aux nantais ?

Cette monnaie permet de faire des échanges autrement. De plus, elle est uniquement numérique : c’est une innovation d’usage. Nous avons déployé une solution innovante dont les technologies se rapprochent de celles des banques alors que nous sommes une toute petite structure. La monnaie SoNantes permet aux nantais de comprendre comment fonctionne l’économie locale en les impliquant davantage et en créant un lien économique et social fort entre ces différents acteurs.

Le succès est-il au rendez-vous ?

Le projet a été lancé il y a un peu plus d’un an et les débuts sont plutôt prometteurs : nous avons 165 entreprises et venons de passer le cap des 1 000 particuliers adhérents. Mais il reste beaucoup à faire ! Nous réalisons maintenant un travail de fond dans une logique de mobilisation et de création de réseaux. Même si c’est un peu tôt pour dresser un bilan, cette première année est encourageante. Comme Blablacar avec le covoiturage, il faut maintenant que ce nouvel usage s’ancre dans les habitudes, et cela prend du temps.

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D’après vous, comment sont amenées à se développer les monnaies complémentaires ?

Il y a cinq ou six ans, il existait peu de monnaies complémentaires. Ce mouvement de fond actuel montre cette volonté de recentrer les richesses vers une économie réelle. Nous vivons dans une économie avec beaucoup de tensions (subprimes, panamapapers, brexit…) qui fragilisent notre système financier : c’est pourquoi ces monnaies sont amenées à se développer pour soutenir l’économie locale. La Chambre du Commerce et de l’Industrie et de nombreux acteurs ont suivi le projet car ils sont conscients que ce genre d’initiative est amené à se développer.

En quoi le projet SoNantes s’inscrit-il dans la veine du cobanking ?

C’est une monnaie exclusivement numérique qui répond aux nouveaux usages du paiement collaboratif. Nous souhaitons professionnaliser la solution avec de l’innovation technologique, des compétences en interne, de l’animation, des évènements… Les collectivités locales se chargent aussi d’intégrer la monnaie dans les transports en commun, les établissements publics et touristiques. L’objectif est de multiplier les usages dans une logique de consommation collaborative pour que cela puisse fonctionner et se développer à plus long terme.

Nous remercions Frédéric Perrin pour ses réponses et le temps qu’il a pu nous accorder pour cette interview.