Idée reçue

La FinTech française : une cause perdue face aux banques

La FinTech française : une cause perdue face aux banques

L’industrie de la finance est un marché complexe à faire bouger. La FinTech française se dit prête à changer la banque, mais parfois à demi-mots. Est-ce possible ?

Un marché français semé d’embûches mais opportun

FinTech : un parcours semé d'embûches

La Fintech a comme capitale mondiale Londres. La France n’est pas en reste, et héberge quelques jeunes startups prometteuses. Si aux États-Unis et au Royaume-Uni, les écosystèmes existants sont déjà bien structurés, en France l’industrie FinTech fait fasse à une difficulté de taille : les spécificités structurelles et réglementaires et les expertises particulières du pays en matière de finance.

Cependant, comme le dit l’adage « impossible n’est pas français » et nous avons des talents reconnus en France dans le secteur de la finance et de l’ingénierieAlain Clot, président de l’association France FinTech, spécifiait lors d’une interview dans Revue Banque : « Les Français ont des talents reconnus en finance et en mathématiques-ingénierie. Il n’est pas étonnant que le mariage des deux savoir-faire, la FinTech devienne un de leurs domaines d’excellence. Les FinTechs françaises s’imposent de plus en plus dans le paysage national et international. »

En effet, la France offre des opportunités peut-être même plus importantes que la plupart des autres pays. Pénalisée par le poids relatif de sa place financière, son marché dispose cependant de caractéristiques qui en font une place de choix pour la Fintech :

  • la qualité de ses ingénieurs dans le domaine digital,
  • une réglementation encore plus lourde (mais structurante) pour les banques,
  • son marché bancaire hyper-concentré en 6 réseaux bancaires offrant les mêmes produits aux clients,
  • son taux de bancarisation parmi les plus élevé : 95 % des PME ont recours à une banque pour répondre à leur besoin de financement (chiffres de la Fédération Bancaire Française, septembre 2015), etc.

L’ampleur du mouvement qui secoue actuellement le secteur de la finance, traditionnellement immobiliste, est encore souvent sous-estimé, la plupart du temps par les premiers concernés. Les acteurs bancaires qui ne s’adapteront pas disparaîtront. Mais les banquiers ne resteront surement pas les bras croisés…

  • Quand la révolution se transforme en récupération : quid de l’indépendance de la FinTech ? 

La FinTech est devenue un sujet brûlant dans le monde entier. Ces initiateurs de rupture sont-ils un danger pour le système bancaire traditionnel ? Pour les experts, nous serions à l’heure de la coopétition : les plus astucieux sauront se servir des nouvelles technologies pour enrichir leur métier traditionnel. Mais seront-ils assez rapides pour se réinventer ? Avec une administration aussi lourde, rien n’est moins sûr. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on assiste à la tendance fulgurante du rachat des FinTechs par les banques, notamment avec le rouleau compresseur « Arkéa Capital Investissement ».

Dans un article de Monelle Barthélemy, journaliste au Petit Web, Jean-Michel Pailhon liste cinq options pour les banques :

  • La fusion-acquisition « classique » qui permet de mettre la main sur une technologie innovante,
  • La création de fonds de Corporate Ventures pour prendre une participation minoritaire dans une FinTech, quitte à basculer plus tard vers une acquisition,
  • La création d’un incubateur interne pour héberger certaines FinTechs,
  • L’intrapreneuriat, pour sortir les talents de l’entreprise de leurs silos et des process traditionnels. Les FinTechs ont pour la plupart été créées par des anciens banquiers ou financiers qui n’ont pas trouvé chez leurs employeurs les moyens de changer les choses…
  • Les partenariats stratégiques, avec notamment une mise à disposition de services bancaires en marque blanche.

Les FinTechs menacent jusqu’à 60 % des revenus de la banque de détail. Mais cela dérange t-il vraiment les banques puisqu’on trouve au capital d’une FinTech sur deux, ou presque, une banque, et qu’un bon nombre d’entres elles finiront, ou on déjà finit, leur jeune carrière dans les bras d’une banque; comme l’a mis en lumière Marc Fiorentino lors d’un Good Morning sur BFM Business

Il n’y a pas d’illusion à avoir : quand une grosse boite rachète une startup c’est pour tranquilement l’étouffer. Stéphane Soumier – Good Morning BFM Business

Et ce n’est pas tout ! De par l’obligation d’utiliser l’infrastructure des acteurs traditionnels, au moins pour gérer les fonds de leurs clients sur des comptes de cantonnement, la FinTech est aujourd’hui inéluctablement liée aux banques. Le modèle de banque universelle en France est un frein puissant à l’innovation FinTech pour deux raisons principales : son poids auprès des pouvoirs publics pour freiner l’évolution réglementaire et par la peur qu’il inspire aux investisseurs.

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Faire sauter la banque
Il existe aujourd’hui quelques FinTechs françaises indépendantes des acteurs traditionnels en termes de prise de participation au capital, et des projets se rapprochant de l’intrapreunariat émanant d’acteurs traditionnels. Selon Mathieu Hamel, PDG de Marie Quantier, les intérêts de ces deux groupes sont opposés. Pour l’instant personne n’a gagné, personne n’a perdu. Au delà de l’aspect technologique, la vocation de la FinTech n’est-elle pas, par essence, de rester indépendante et de changer le système ?

 

On distingue donc deux types de FinTechs :

  • celles, indépendantes, qui souhaitent faire sauter la banque traditionnelle et défendre l’intérêt client

versus

  • celles qui font du marketing sur internet sans leitmotiv, tel que l’éthique ou la transparence

Il est donc possible d’être véritablement en concurrence avec les banques. C’est notamment le modèle que propose la FinTech Payname avec l’essor du cobanking.

Le cobanking : la naissance de la 1ère banque collaborative indépendante

Payname la banque collaborative indépendante

Les neo-banquiers de chez Payname, bâtissent une institution indépendante qui offrira, à terme, tous les services de la banque originelle, en s’adaptant aux nouveaux usages collaboratifs ainsi qu’aux évolutions technologiques.

La banque en ligne à l’ère collaborative, c’est pouvoir, à partir d’un seul compte, réaliser tout type de paiement sécurisé, s’adosser à un tiers de confiance pour les échanges collaboratifs (entre particuliers), collecter de l’argent, bénéficier gratuitement d’avantages que ne savent pas gérer les acteurs bancaires traditionnels (3x sans frais par exemple), disposer de moyens de paiement innovants, prêter ou encore investir dans des projets.

Et bien plus qu’agréger et simplifier des services bancaires en ligne à coûts réduits, le cobanking a pour ambition de redonner du sens et de la valeur à l’argent. Comment ?

  • En interdisant la spéculation, le recours aux taux d’intérêts, etc. Sur nos comptes bancaires traditionnels, beaucoup d’argent part sur des écritures floues. Dans ce nouveau modèle plus éthique, l’argent est toujours disponible, à aucun moment il n’est placé sur des marchés financiers.
  • En offrant la possibilité d’investir sur des projets qui ont du sens : un projet professionnel près de chez moi, un financement humanitaire, une initiative qui me tient à coeur… Le cobanking fournit les outils pour que chacun puisse valoriser son projet.

La FinTech indépendante joue dans la même cour qu’Uber face aux taxis : elle exploite les failles des modèles économiques en place pour proposer plus de valeur et casser la marge des acteurs bancaires installés. Un match, à suivre de près…