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La consommation collaborative

Consommation collaborative

L’économie collaborative invente de nouvelles manières de produire et de consommer.

Monique Dagnaud, directrice de recherche à l’Institut Marcel Mauss (CNRS-EHESS), explique que cette organisation est axée sur la coopération, en rupture avec le système hiérarchique bâti sur la loi de la compétition/élimination qui caractérise les sociétés modernes.

La consommation collaborative se développe de manière exponentielle pour investir chaque aspect de notre vie quotidienne. Ce modèle s’opère de pair à pair : il englobe tous les échanges entre particuliers, en court-circuitant les circuits traditionnels du commerce. 84% des Français sont favorables à la consommation collaborative (étude publiée dans le magazine 60 millions de consommateurs) et 52% des personnes interrogées estiment qu’elle se hissera, dans le futur, au même niveau que l’économie traditionnelle (étude OuiShare et Fing).

Les causes de l’ascension fulgurante du commerce entre particuliers

Le marché mondial de l’économie collaborative, appelée aussi économie de partage, pourrait atteindre près de 270 milliards d’€ d’ici à 2025, contre 12 milliards aujourd’hui, selon PwC.

  • Des plateformes numériques de plus en plus abouties

Ces pratiques existent depuis longtemps mais ont réellement explosé avec l’arrivée des plateformes numériques. Internet permet de connecter facilement les gens ayant des intérêts communs et crée ainsi la richesse des réseaux. Le rôle des plateformes numériques est de mettre en relation des individus pour faire se rencontrer l’offre et la demande, et de proposer un environnement fiable et sécurisé à leurs échanges.

De nombreuses startups ont investi le créneau sur de nombreux secteurs : le transport (Koolicar, BlaBlaCar), l’hébergement (GuestToGuest, AirBnB), la banque (WiseedPayname), l’assurance (Inspeer, Advize), le tourisme (Globewhere, Couchsurfing)… Dans une récente interview parue dans le journal Le MondeFrédéric Mazzella, le fondateur de BlaBlaCar, souligne que la France a une carte à jouer grâce à sa véritable culture de l’entreprenariat.

  • Une confiance de plus en plus forte

La plupart de ces plateformes collaboratives se base sur la notion de confiance. Malgré ce que nous pourrions penser (réticence à échanger entre particuliers), on remarque une très forte confiance des utilisateurs dans l’économie collaborative.

La 4ème édition du baromètre Caisse des dépôts/Acsel sur la confiance des Français dans le numérique indique que 83% des offreurs et 79% des clients ont confiance dans l’économie collaborative.

  • Une solution à la crise 

La crise et la baisse du pouvoir d’achat des français jouent également un rôle important dans le développement de ces nouvelles formes de consommation. Voyager à plusieurs, louer son appartement, vendre ses vêtements, acheter des objets d’occasion, etc., permet de consommer « malin » et génère même des revenus alternatifs.

La consommation collaborative est pratiquée comme un « système D » en alternative au commerce traditionnel. Face à l’impuissance des pouvoirs publics quant à la baisse du pouvoir d’achat et l’augmentation du chômage par exemple, les consommateurs trouvent leurs propres solutions et changent leurs comportements.

  • La quête de sens

Consommation collaborative : en quête de sens

Les français sont conscients des enjeux sociétaux et environnementaux. Le changement de comportement dans leur manière de consommer participe à façonner le monde de demain. Si faire des économies est une des principales motivations, l’éthique est une préoccupation au coeur de l’économie du partage. Elle est même primordiale pour 40% des sondés (Étude OuiShare et Fing).

Cette nouvelle économie se positionne comme une alternative à l’hyper-consommation dans la mesure où l’usage prime désormais sur la propriété. Plutôt que de posséder des objets ou des compétences qui ne servent à personne, les consomm’acteurs échangent, troquent et partagent pour créer de la valeur qui profitera à tous.

Toutes ces composantes participent à la montée de ces pratiques plus économiques, durables, écologiques, et humaines.

Le commerce de pair-à-pair prend son envol : qui sont ces nouveaux consommateurs ?

En France, près de la moitié des consommateurs ont eu recours à la consommation collaborative en 2014 selon Les Cahiers de la consommation collaborative qui titrait « Consommation 2014-2015 très ralentie : vers une extension de la consommation collaborative. »

Les français et la consommation collaborative

Motivations et opinions : des profils particuliers ? Résultats de l’enquête Usages et motivations de ShaREvolution (Fing / OuiShare)

  • Un public jeune qui souhaite réenchanter son quotidien

La consommation collaborative touche majoritairement un public jeune, les moins de 35 ans, qui cherche à économiser mais aussi à gagner de l’argent, la moyenne des bénéfices se situant autour de 2 500 € par an.

Les consommateurs sont prêts à casser leurs habitudes pour gagner en autonomie et dépenser moins en conservant leur qualité de vie. Bien que les arguments comme la protection de l’environnement et la construction d’une communauté entrent en jeu, surtout chez les jeunes générations, les consommateurs européens privilégient l’aspect pratique et les économies.

  • Des consommateurs fidèles

Praticité, économie, adéquation avec les valeurs morales : ce mode de consommation s’ancre durablement et fidélise. Une fois testée, peu d’utilisateurs l’abandonnent, même après une mauvaise expérience. Seuls 10% ont renoncé à la consommation collaborative après une déconvenue.

Quelle place pour le cobanking ?

Le cobanking prend racine dans l’économie collaborative. Certaines FinTechs amènent une touche collaborative sur des services existants comme dans le domaine de l’assurance par exemple avec Inspeer. D’autres sécurisent le paiement entre particuliers, comme Payname, pour préserver et accélérer le niveau de confiance dans ces nouveaux modes de consommation. Cette intermédiation entre les particuliers se matérialise par la construction puis l’amélioration continue d’une plateforme web centrée sur l’expérience utilisateur et la sécurisation des échanges et des transactions.

Pour les pratiques dites « de débrouille », le cobanking est utile pour sécuriser l’envoi d’un colis, garantir le paiement ou encore bénéficier de facilités de paiement. Certaines places de marché collaboratives assurent également le paiement en ligne en s’appuyant sur des solutions spécifiquement créées pour leurs besoins.

Tout comme les systèmes de notation et de recommandation, le système de paiement sécurisé augmente la confiance et la transparence. Le cobanking participe à fixer un cadre de confiance aux pratiques collaboratives, entre des individus qui ne se connaissent pas forcement et qui ne sont pas liés par contrat.

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