Idée reçue

La banque innove

La banque innove
Écrit par Camille

Qu’entend-on par innovation ? Notre point de vue est que l’innovation doit, avant tout, apporter une nouveauté pour servir l’utilisateur final. Quand on sait que les banques ont tout intérêt à vendre leurs produits financiers et que le développement de la banque en ligne n’est, en réalité, qu’un produit d’appel, où se situe la véritable innovation ?

Avec 70%(1) du budget en augmentation dans ce domaine, l’innovation est visiblement à l’ordre du jour des comités de direction et la fonction de « directeur de l’innovation » est de plus en plus à la mode dans les banques de détails.

Alors, l’innovation dans les banques : simple « tendance » ou véritable révolution ?

L’innovation : une obligation pour résister aux nouveaux entrants ?

L’arrivée des nouvelles technologies, du numérique ainsi que l’ouverture de la réglementation ont facilité l’émergence de nouveaux entrants.

Au niveau réglementaire, la loi bancaire de 1984 a mis un terme à la protection des banques. Son objectif est de garantir la stabilité du système bancaire tout en assurant la liberté de concurrence entre les différents acteurs. La déréglementation mondiale, à l’échelle du territoire français, a amorcé un important changement du paysage concurrentiel en modifiant les positions des banques traditionnelles et en favorisant l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché bancaire. Outre les banques étrangères, différents acteurs sont apparus : les leaders de la grande distribution créent leurs propres banques et les entreprises d’assurance sont aussi entrées dans l’activité bancaire, en se reposant sur leur portefeuille important de clients particuliers (Axa Banque, Banque AGF, etc.).

Ces nouveaux acteurs et notamment les néobanques s’adaptent également au changement générationnel. Les natifs de l’ère numérique réclament de l’instantanéité et n’ont pas forcément le besoin et l’envie de parler à un banquier. Les jeunes sont zappeurs et mobiles, ils consomment différemment. Ils ont besoin de solutions claires, peu coûteuses, adaptées à leurs usages et mobiles. La tendance est à la multibancarisation : s’ils ne sont pas satisfaits de leur banque, ils n’hésitent pas à changer ou/et à ouvrir plusieurs comptes dans d’autres banques.

Pour rester compétitives, les banques se doivent de trouver des solutions pour diminuer leurs coûts et se différencier de leurs concurrents. L’innovation apparaît alors comme une nécessité stratégique. Pour autant, il faut se réinventer et se donner les moyens pour arriver à penser autrement et apporter un réel changement.

La banque de détail : un acteur préhistorique

banque préhistoriqueLe contexte organisationnel des banques n’encourage pas l’innovation. En effet, l’organisation lourde et le nombre important de collaborateurs, répartis dans différents lieux, ne favorisent pas l’agilité, la prise de décision rapide et les initiatives internes. C’est pourquoi certaines banques ont choisi de racheter massivement des startups financières innovantes (FinTech), tandis que d’autres créent leurs propres incubateurs de jeunes pousses. Un parti pris intéressant qui permet de sortir d’un système de valeurs préhistorique pour réfléchir différemment, « out of the box ». Pour autant, s’appuyer sur des acteurs innovants ne signifie pas innover et peut même tuer l’innovation dans l’œuf.

Les banques, souvent perçues comme traditionnelles, nous annoncent que l’innovation est, soit disant, devenue une priorité stratégique et que les budgets sont en augmentation. Mais attention : une simple amélioration de produit ne mérite pas forcément d’être annoncée comme une innovation. Si certaines banques apportent parfois de l’innovation dans leurs services, moins de la moitié mesurent l’impact et la performance de leurs innovations et seules 41%(1) d’entre elles ont une batterie d’indicateurs en place (mesure des revenus ou de la satisfaction le plus souvent). Quelques initiatives voient le jour, comme la banque coopérative de la BPCE ou le paiement biométrique lancé par la Banque Postale. Mais quel est l’objectif de ces innovations à long terme ? Sont elles là pour servir le consommateur ?

Les banques proposent rarement de nouvelles fonctionnalités ou de nouvelles manières de gérer son argent qui favoriseraient la simplicité, la réactivité ou encore la transparence. Elles ne proposent pas non plus de solutions pour répondre aux nouveaux usages collaboratifs. C’est peut-être parce que les banques sont trop occupées à gérer les suites de la crise financière, la fin du secret bancaire, la réglementation, etc. ? Elles n’innovent pas, et, pendant ce temps, d’autres réinventent le monde de la finance

A quand une véritable rupture ?

En 2016, la rupture ne vient toujours pas des banques. Si elles communiquent sur l’innovation pour redorer leur blason, ce n’est pas suffisant. La banque ne propose qu’un canal de vente supplémentaire (banque en ligne), là où la néobanque crée une véritable rupture dans les usages, avec une volonté d’associer transparence, nouvelle technologie et proximité.

Pendant que les banques cherchent à améliorer leur image, d’autres tentent aujourd’hui de réveiller la banque ! Affaire à suivre…

 

banque innove

(1) rapport Efma 2013